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Pourquoi on aime tant les régimes

Posté par: Ousmane Mane| Lundi 09 mai, 2016 09:05  | Consulté 463 fois  |  0 Réactions  |   

Ils sont voués à l’échec, pourtant nous continuons à nous y soumettre. Sur quels ressorts psychiques notre appétence pour la diète s’enracine-t-elle et quels bénéfices secondaires en tirons-nous ?
Isabelle, 45 ans, se met régulièrement au régime. « Avant Noël, après les fêtes, au printemps, avant l’été, détaille- t-elle, le temps d’atteindre mon objectif, qui varie selon les périodes. À la fin de l’année, c’est pour anticiper les excès à venir ; en janvier, pour perdre ce que j’ai pris. Au début du printemps, pour mieux entrer dans mes nouveaux vêtements ; avant l’été, pour assumer l’épreuve du maillot. » Privations, méfiance, mauvaise humeur, ajoutées à une convivialité mise entre parenthèses : Isabelle ne se restreint pas par plaisir, mais bien pour maigrir. A priori. Car, au-delà de la perte de poids, les régimes masquent de nombreux plaisirs insoupçonnés, tellement puissants qu’ils balaient la réalité selon laquelle ils sont à 95 % voués à l’échec dans les cinq ans. Isabelle n’échappe pas à la règle. Elle a maigri, puis regrossi. Pourtant, elle va s’y remettre, parce qu’abandonner la formule qui n’a pas marché et recommencer avec une autre est une façon d’entretenir l’illusion que le miracle peut avoir lieu.

Les joies de la contrainte

Obtenir satisfaction tout de suite, quitte à le regretter plus tard ! Toutes les femmes qui ont suivi un régime sont formelles : elles ont maigri, mais… C’est bien là le paradoxe : efficace à court terme d’après elles, la diète ne l’est pas à cinq ans d’après les autorités compétentes. « C’est un leurre », insiste la philosophe Michela Marzano, qui en a fait la douloureuse expérience dans sa chair. « La non-acceptation de la réalité de son corps et la succession de régimes alimentaires qui en découle favorisent et entretiennent un dérapage pathologique qui éloigne de l’idéal que l’on cherche à atteindre et détruit la réalité. »

Se mettre au régime, c’est obéir, suivre à la lettre des prescriptions qui disent le licite et l’interdit. Une bénédiction pour celle qui craint de ne pas savoir se maîtriser et cherche à s’appuyer sur l’extérieur. « Quand on manque de confiance en soi, il paraît plus sûr de s’en remettre à “quelqu’un”, médecin, coach, nutritionniste, voire auteur de livre, à qui l’on attribue une compétence », remarque la psychanalyste Catherine Grangeard, coauteure du Poids du corps à l'adolescence (Albin Michel, 2014). D’où les ventes phénoménales en librairies des méthodes qui nous expliquent à longueur de pages ce qu’il convient de manger, de proscrire, les associations à éviter, les heures auxquelles manger certains aliments, etc. Et qu’importe si les thèses se succèdent et se contredisent : plus c’est contraignant, mieux c’est. Pour preuve, le succès du récent régime sans gluten, véritable casse-tête alimentaire consistant à éviter toute nourriture qui en contient. Destiné aux personnes atteintes de la maladie cœliaque (intolérance au gluten), il fait le « bonheur » de tous ceux qui s’épanouissent dans la contrainte.

Finalement, restreindre ses libertés est rassurant. Dans une société d’abondance et d’hyperchoix comme la nôtre, le « sans » permet dans une certaine mesure de limiter les possibles, donc les angoisses. Sans oublier que plus la diète est sévère, difficile à supporter, plus elle fait office de garde-fou, de rambarde de sécurité. La culpabilité inconsciente y trouve de quoi s’alléger. « On renoue également avec le plaisir de la régression », note Catherine Grangeard, qui voit dans notre docilité à suivre les règles un retour à une époque révolue où l’autre – la mère, la grand-mère, la cantine – décidait pour nous de ce qu’il y avait à manger et en quelle quantité.

Un sentiment de toute-puissance
Impossible de comprendre notre goût pour le régime sans évoquer le sentiment de toute-puissance qu’il procure. Alors que nous n’avons aucun pouvoir sur notre taille, sur la couleur de nos yeux, sur la nature de nos cheveux, il donne l’impression d’en avoir sur notre poids, donc sur notre corps. « Je n’ai jamais réussi à mincir autrement, confie Claire, 38 ans. J’ai essayé le sport, les crèmes, les cures détox en tout genre, mais ça n’a rien donné. À chaque kilo perdu, j’ai le sentiment de réussir quelque chose de fort. Les autres me complimentent, je suis fière de moi. »

Il ne faut pas sous-estimer la « renarcissisation » qui s’opère pendant la perte de poids. Aussi importante, si ce n’est plus, que les résultats obtenus. Pour le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, « le bonheur est dans le début des régimes, dans le plaisir du commencement, dans la promesse, qui fait autant rêver que le résultat ». Claire a-t-elle regrossi après ? Oui, avoue-t-elle sur le ton de celle qui a raté son régime. Mais ce qu’elle a éprouvé pendant cette période n’a pas de prix. Ou, plus exactement, elle est prête à en accepter le prix, tout en espérant au fond que le prochain sera le bon.

 

Maigrir crée l’illusion de pouvoir combattre l’injustice de la génétique, de rétablir la donne. C’est ce qui anime Leïla, fine trentenaire d’origine marocaine. « Dans ma famille, les femmes sont très rondes et assez éloignées du modèle Claudia Schiffer, raconte-t-elle avec humour. Je fais très attention à ce que je mange pour ne pas finir comme elles. » Leïla ne cherche pas à maigrir mais bien à ne pas grossir. Une façon pour elle d’échapper à son destin, à son identité familiale. Cette jouissance- là – penser que l’on fait de son corps ce que l’on veut – vaut bien plus que tous les conseils et mises en garde.

L'euphorie de la perte
Ce qui déclenche l’envie de se mettre à la diète, c’est avant tout la promesse d’une meilleure image de soi, le fantasme de posséder enfin le corps qui correspondrait à notre vrai moi. Il y a une véritable euphorie à perdre quand d’autres s’obstinent à posséder, à accumuler. Nous en sommes certaines, délestées de quelques kilos, nous serons plus efficaces, plus audacieuses et, bien sûr, plus séduisantes. Un jour, mes rondeurs fondront, et, ce jour-là, le prince charmant viendra. Car, ne nous trompons pas, derrière le désir d’un corps plus mince se tient toujours une demande d’amour. Nous avons beau constater qu’un régime est rarement à la hauteur de nos phénoménaux et irréalistes espoirs, nous nous y remettons. Une partie de nous – notre moi rationnel, celui qui a déjà fait l’expérience de l’échec – sait qu’un corps de rêve ne se gagne pas dans une assiette vide. Mais l’adolescente en nous, celle qui a placé tant d’espoirs existentiels dans la diète, refuse d’y renoncer.

Et même, au cas où nous serions bien dans notre peau et dans notre poids, les images publicitaires dont nous sommes bombardées sont là pour nous rappeler sans cesse l’idéal à atteindre, le corps à posséder. Et les émissions de télé-réalité regorgent de personnes qui ont réussi, elles. « Ne pas vendre un piano, mais vendre l’envie du piano », répétait Edward Bernays, le père du marketing, qui ne manquait jamais de rappeler qu’il était le neveu de… Sigmund Freud. Il faut dire que le désir d’approcher son moi véritable constitue un marché porteur, largement partagé au printemps. Juste avant la grande exposition du corps au soleil et aux regards. Alors, devant sa télé, en feuilletant un magazine, chez le libraire, à la pharmacie, au supermarché, on se dit : pourquoi pas moi ? Paradoxalement, une fois que l’on y sera – en été –, on n’y pensera plus. Tant d’efforts, de contraintes, de règles à suivre en vue d’un moment qui, in fine, sera celui de la détente, du lâcher-prise, du plaisir d’être ensemble et de l’indulgence. À méditer avant de s’affamer !

 L'auteur  Ousmane Mane
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Mots Clés: Aime, Régimes
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Ousmane Mane
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